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28/04/2009

Mémoires à l'Amante

L'amante (web).jpg

Avoir les pieds dans l’eau. Dans une petite rivière. Contempler la nature. L’eau est fraîche, coule vivement, avec des bonds là où elle passe sur de grosses pierres. Elle scintille sous le soleil – moi je suis à l’ombre, sauf mes pieds et mes mollets. C’est un bel endroit pour méditer sur le sens de la vie. Va-t-elle vers l’avant, vers l’arrière ? Vers elle-même ? La vie est elle comme une vague qui roule sur elle-même, se réduit sur la plage, et s’en retourne à plat vers la mer, l’océan ?

 

Je me rappelle les sermons des messes, auxquelles j’assistai de mon enfance à la fin de ma longue adolescence. Peut-être est-ce là que j’ai été imprégné de telles questions. Dans les réponses entendues, il y avait Dieu, ou une humble ignorance qui cédait la place à Dieu, je ne me souviens plus très bien à vrai dire, mais les voix des prètres résonnent encore – je me souviens de ces voix, des chants des fidèles, des chants d’espoir un peu triste, de l’ample silence qui soudain s'imposait; je me souviens de mon impatience à rester debout, puis assis, et qui me contraignait la poitrine comme dans une apnée ; de ma recherche effernée mais stoique pour trouver dans le marbre des sols, des colonnes, les quelques lignes, les quelques nervures dont le dessin accidentel révèlerait un visage, une libellule pour m’évader. Quelque chose pour échapper à l’ennui pesant, crispant que suscitait en moi des rites qui m’étaient bien trop raides, bien trop abstraits et ronronnants pour l’enfant que j’étais. J’en ai gardé une distance physique, un recroquevillement intérieur lorsque j’y repense. Même aujourd’hui, les églises qu’il m’arrive de visiter ne parviennent pas à me faire oublier, quelque soit leur splendeur évidente, ces heures pénibles passées à la messe du dimanche.

 

Mes parents n’étaient pourtant pas croyants, mais ils m’avaient inscrit dans un mouvement de jeunesse où la messe était inscrite au programme de nos réunions, qui avaient lieu trois fois par mois en moyenne. Vu d’ici, d’aujourd’hui, de mon âge, à distance convenable, je me demande si ce double isolement n’a pas contribué à mon terrible ennui. Oui, un terrible ennui. Il y a pire, bien pire c’est sûr, sur l’échelle de la souffrance, mais sur l’échelle du seul petit ennui, la petite heure de messe m’était comme une longue, longue, longue expérience sous camisole.

 

Un double isolement, car je ne pouvais par vraiment partager mon expérience avec mes parents. Ils n’allaient pas à la messe, n’étaient pas croyants. Parmi eux, j’étais le dépositaire d’une initiation qui ne leur était certes pas inconnue, mais qu’ils n’avaient pas experimenté avec la même intensité ni surtout avec la même fréquence. Parmi les autres, l’audience des croyants, j’étais incrédule, en questionnement. Je m’interrogeais sur le fait de participer ou non à l’eucharistie, de recevoir l’ostie, de faire enfant de chœur ou non. J’hésitais, prétextant ne pas avoir fait de communion, puis, lorsqu’on me confirma que cela n’était pas un empêchement, j’hésitais parce que cela ne représentais au fond rien pour moi, que cela ne trouvait écho dans aucune croyance, aucune profondeur. J’étais plus scrupuleux sans doute que bien d’autres, bien que cela soit un peu présomptueux de dire les choses comme ça. J’étais assurément plus rétif à participer à un culte dont je ne comprenais pas la foi. Car c’était ça aussi : la foi, je ne l’avais pas. J’étais en somme, enfant, respecteux de la foi des autres et avais à cœur de ne pas faire semblant dans ce qui me semblait être quelque chose de sincère, de véritable (même si ce respect s’est avéré plus tard une digue bien fragile quand je m’enportai contre le rite et ses rigidités).

 

Il paraît que les hommes de l’Antiquité croyaient que le marbre était une matière vivante, qui se déployait et comblait les cavités et les excavations des carrières. Je ne le savais pas à l’époque bien sûr, mais c’était une agréable manière de comblement, que de chercher dans le hasard des nervures l’enchantement fugace des formes inattendues.

Chaise d'église (web).jpg

Commentaires

c'est très beau ce que vous avez écrit et les passages sur les nervures du marbre sont splendides...je ne comprends pas que vous n'ayez pas plus de "commentaires"

Écrit par : charlie | 29/04/2009

Hello Charlie ! Je pense que c'est le format blog qui veut ça. Il faut être un peu familier, et tout le monde n'aime pas laisser son email (même si un email bidon suffit), ou lire sur pc des textes un peu longs, et "bizarres" ;-). Je réfléchis à d'autres pistes d'édition, mais il faut du temps, et c'est un hobby. En tous cas, la qualité vaut mieux que la quantité : vos commentaires sont toujours un grand plaisir.

Merci !

Écrit par : John | 29/04/2009

Ce texte plein d'interrogation dit beaucoup, merci de nous le confier. Dans quel sens va la vie, on le sait hélas, mais le sens qu'elle a, qu'elle prend, que chacun lui donne, c'est une aventure quotidienne.
La capacité à s'émerveiller, à ouvrir le regard - que portent vos mots et vos photos - m'a toujours semblé le sel de l'existence.
Je viens régulièrement sur ces Carnets fantômes, la science-fiction me parle moins, mais il y a toujours quelque chose à partager.

Écrit par : Tania | 29/04/2009

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