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02/04/2009

Doute Quantique

Alien parade.jpg

J’attendais l’urbus. Le monde était dans la rue, les gens marchaient le nez dans les vitrines, traversés d’hologrammes publicitaires. Les fêtes de Poûëque approchaient. Tout baignait dans des halos colorés.

J’étais assis, la tête entre les mains, le regard contemplant la trace d’une chiquelette qui avait échappé aux Propreteurs. Ca devenait étonnant, la crasse en ville, du moins en ville-commmerce. La pression des exploitants et le lobbying des Hygiénocrates avaient aboutis à l’engagement massif de Propreteurs et d’Indicateurs de Convenances, qu’on surnommait les I-Cons, chargés d’alpaguer le contrevenant et de lui faire la morale en public. Et pas question d’y échapper. Moi-même je n’avais jamais dû subir cette humiliation de rester coincé un bon quart d’heure à côté d’un zigoto qui clamait aux passants – heureusement blasés – que la personne qui se trouvait à côte de lui avait fait preuve d’inconvenance, « et souillé de sa bave le trottoir dont l’entretetien monopolise un budget de pas moins de XX par mois, budget que vous, mesdames et messieurs, devez consacrer à l’embellissement de votre ville ». Je contemplait donc une trace qui n’en avait plus pour longtemps. Etrangement, c’était toujours en contemplant les choses les plus insignifiantes, et parfois les plus triviales, que je me sentais soudain la poitrine gonflée de l’étonnement existentiel. Je réalisais dans ces moments là que j’étais, au moment où je le pensais, une part de cet univers mystérieux et immense, que je procédais, comme toutes chose, d’une origine singulière, moi, les étoiles, les nuages de particules, les planètes, l’arrêt de l’urbus, et la trace de chiquelette - nous étions tous la résultante incroyable du big bang, du début de l’existence, de l’avènement de l’espace-temps. Je me sentais perdu au milieu du tout, avec l’impression que, malgré ce constat grisant, il fallait quand même que je me lève, et que je monte dans l’urbus, que je participe au monde en cours, pour en goûter la saveur qui ne se révélait pas seulement par la contemplation. J’ai déjà essayé d’expliquer ce genre d’émotion à Bridge, ma copine, mais je l’ai laissée de marbre au milieu de sa séance de yoga-majorette. Les postures alambiquées, noueuses et invraisemblables qu’elle adopte dans le cadre de cette disciple illustrent d’ailleurs parfaitement mon propos : j’ai toujours été convaincu que notre état réel, notre réalité repose sur un équilibre à la fois terriblement stable et précaire, un compromis de forces antagonistes et parentes - le plastic de mon portable, l’écorce du fruit, la bave du chien Crispi, l’air, ma main qui se promène sur des cheveux – nous sommes tous liés, parties d’un même réseau de connexions, d’interactions qui répondent à un seul et même principe d’équilibre, lequel régit également l’univers alentour ; si bien qu’il suffit que quelque part, dans cet univers, quelque chose se passe qui rompe cet équilibre, ou qui en modifie le principe, pour que, instantanément, tout, jusqu’au chewing gum entre les dents, se délite. C’est alors que, comme je repensais à tout ça, me retournant sur la marche de l’urbus, je vis un Propreteur s’approcher pour enlever la trace de chiquelette. C’est alors que, comme l’urbus allait bientôt m’engloutir, je vis le Propreteur poser son Musonex sur la trace et c’est alors - ça n’avait pas duré une micro seconde – que tout était devenu intensément lumineux, un flash immense, et tout avait été secoué. Les passagers, les passants, le Propreteur, les hologrammes, tout s’était retrouvé en état de projection, dans une trombe infinie, comme aspiré vers le ciel, puis tout était rentré dans l’ordre, en l’état, sans qu’apparemment personne ne se fut aperçu de quoi que ce soit. Ce bref intervalle de temps avait pourtant imprégné ma conscience. Notre univers avait perdu sa contenance, j’en était sûr, puis tout est revenu, en l’état. Le Musonex s’était retiré de la trace effacée, l’urbus avait démarré, et je songeais avec désarroi aux exercices de yoga-majorette, à toute cette précarité, à la ville, et aux cadeaux que je devais acheter. Joyeuses Poûëque !

 

Commentaires

Cette expérience existentielle d'étonnement ou d'effroi et ce "doute quantique" résisteront mais le contexte surfutursime de votre récit ne l'est pas tant que ça: les Propreteurs et les lobbyings de toutes les crates ne sont pas loin...
Belle imagination !!

Écrit par : charlie | 02/04/2009

Merci Charlie ;-)

(Pour ma lanterne : les crates = tous les "quelquechose"crates ?)

Écrit par : John | 07/04/2009

pour répondre à votre question: oui, tous les "quelque chose" crates, les obsédés habités par l'une ou l'autre obsession engendrée par la dégénérescence de votre société surfutursime ;-)

mais où reste donc votre prochain billet?
John Robot n'est pas bien?? il est découragé??

Joyeuses Pâques !

Écrit par : charlie | 11/04/2009

Joyeuses Pâques à vous aussi

Pour le reste, ce sont les contingences de la vie ...

A bientôt !

Écrit par : John | 11/04/2009

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