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31/01/2009

Le Tueur à la Seconde (suite et fin)

Le Tueur à la Seconde en colère.jpg(Suite du post du 22.12.2008)

S’il voulait prendre ses vacances, John Robot n’avait pas d’autre solution que d’arrêter rapidement le Tueur à la seconde.

Il fit passer une annonce dans tous le journeaux du monde, disant: « Le Tueur à la seconde n’attrapera jamais John Robot », et alla s’asseoir sur un banc.

John Robot espérait que le Tueur à la seconde, piqué au vif, viendrait s’en prendre à lui, tout en ne faisant pas trop de victimes sur le chemin. Une fois en sa présence, hé bien, on verrait bien ce qu’on verrait.

Un jour et une nuit passèrent, et rien. Toujours pas de Tueur à la seconde. « Je lui ai pourtant lancé un sacré défi », pensa John Robot.Il rentra finalement chez lui.

Une lettre l’attendait dans sa boite aux lettres : « Cher John Robot, Vous ne m’attraperez jamais non plus ».

« Voilà qui est intéressant », songea John. « Il n’a évidemment pas laissé d’adresse pour lui répondre, mais il a réagi ». John Robot entrevoyait une solution. Cette enquête prenait un tour meilleur. Il feuilleta son catalogue de vacances, rêvessant sur sa destination, puis se remit au travail.

Il fit passer une nouvelle annonce : « John Robot a rencontré le Tueur à la seconde : ce n’est qu’une mauviette », avec un commentaire expliquant comment John Robot avait soi-disant fait fuir le Tueur à la seconde.

La réaction ne se fit pas attendre. John reçut une nouvelle lettre : « Tes stratagèmes ne serviront à rien, John Robot. Tu ne m’attraperas jamais. ».

John Robot fit paraître une nouvelle annonce : « Le Tueur à la seconde fait des fautes d’orthographe ».

Là encore, il reçut une nouvelle lettre : « Mais quel idiot tu fais ! Tu lis le dictionnaire à l’envers ?  Je ne fais jamais de fautes d’orthographe ! ».

« Le tueur à le seconde est susceptible » fit paraître John Robot.

« Tu racontes n’importe quoi » écrivit le Tueur.

« Le Tueur à la seconde est soupe-au-lait » fit paraître John Robot.

« Et toi t’es bon qu’à rien » répliqua le Tueur.

A chaque fois, le Tueur répliquait par une lettre. Pendant ce temps, trop accaparé par les annonces de John Robot, le Tueur faisait moins de victimes.

Cet échange dura encore quelques temps, jusqu’à ce que John puisse identifier le quartier, puis la boite où étaient postées les lettres du Tueur.

Il fit publier une dernière annonce qui disait « Je sais où se trouve le Tueur à la seconde ». Et attendit, caché près de la boite. Peu de temps après la publication dans les journaux, il vit approcher un nuage de colère. Le Tueur à la seconde n’avait pas de forme précise, mais il réagissait aux émotions. Il avait une forme de brume tourbillonante, sombre et électrique. Il tournoyait de rage, et dans ce tournoiement, une lettre voletait, portant l’adresse de John Robot.

Dès que le Tueur fut près de la boite, John Robot actionna son aspirateur à Tueurs. L’aspirateur aspira le Tueur à la seconde, l’emprisonnant dans une petite boite étanche. John Robot était bien équipé. Ce n’était pas le premier Tueur qu’il pourchassait, même si cela avait était le plus redoutable.  Il le remit aux forces de l’ordre, reçu sa récompense, et pris un taxi pour l’aéroport, où l’attendaient ses valises pour partir en vacances.

 

 

 

 

 

28/01/2009

Rêve de machine à laver

 

Rêve de machine à laver I.jpg1. Choisir le programme "Délicat", avec rinçage

2. Faire trourner

3. Jeter la poudre

4. Interrompre avant l'essorage

5. Préserver une légère humidité

Son Coeur Plane

Son cœur plane

 

L’autre là

Son cœur plane

 

Elle a mis l’horizon

Dans sa poitrine

 

Elle a mis

Le parfum du tilleul sur ses doigts

Une tortue à l’eau

 

Elle a mis le pain, l’étang, les canards,

Dans ses bras

L'Amarier

L’amarier

 

Une écorce de sable

détient ses cheveux.

Une feuille qui tombe alarme son visage.

 

Dans le ciel,

les branches nues d’un arbre détaillent

la robe de dentelle ;

Celle qu'elle portera nue et sage

désarmée

24/01/2009

Le Braqueur (Durango - Episode 4)

Odessa intervient.jpg

Jean-Jean ne fut sorti de sa torpeur que par le cliquetis reconnaissable entre tous d’un chien de revolver enclenché.

 

Il se retourna doucement et vit au bout d’un revolver qui pointait franchement dans sa direction un homme couvert de poussière ocre et d’un chapeau à larges bords. Odessa hésita à parler, mais se ravisa. Il craignait l’effet de surprise qu’une parole de sa part ne manquerait pas de provoquer, et ses conséquences imprévisibles : fuite du braqueur blême et hurlant ou usage froid et imperturbable du pistolet, avec logement d’une balle entre ses deux oreilles – ses deux belles oreilles d’âne. Ou encore, entre les moches oreilles de Jean-Jean, et que celui-ci n’avait pas lavées depuis belles lurettes. Le braqueur le capturerait ensuite, et le sommerait de lire devant toute la ville. Il deviendrait au mieux une bête de cirque, contrainte de lire des histoires grivoises le samedi au saloon ou de mièvres contines le dimanche après la messe, ce qui dans un cas comme dans l’autre n’était pas de son goût.

 

Odessa avait son orgueil, dont il usait sans parcimonie.

 

Aussi décida-t-il de rester momentanément coi, en dehors du coup, observateur attentif.

 

Le braqueur, désigant l’âne, demanda à Jean-Jean d’une voix lente et graillonante :

« C’est à toi c’te bourrique ?

- Ja

- Comment ça s’ fait qu’il sait parler…

- Y parle pas

- Ah ouais ! Ben moi je l’ai entendu qui parlait, et j’ai pas rêvé

- Ah ouais, crotte de groin, répondit Jean-Jean, qui avait déjà adopté certaines expressions du pays

- Ouais, j’te d’mande ça parce que j’en connais un autre moi, de bourricot qui parle, et que ça lui ferait plaisir d’avoir un genre de confrère si tu vois ce que je veux dire

- ….

 

 

Lorsqu’on laisse un long silence dans une conversation, comme c’était le cas à ce stade, il est de coutume de laisser l’esprit prendre un peu de hauteur, de manière à apercevoir un nouveau sujet de conversation, et, une fois le sujet entrevu, fondre dessus le plus rapidement possible, comme un aigle sur sa proie, et s’en emparé. Certains toutefois se comportent tels des vautours, et parviennent à se contenter d’un sujet déjà à moitié décharné, et arrachent tout ce qu’il est possible d’arracher de comestible de leur point de vue discursif.

 

C’était de ce dernier type de causeurs que ressortait le braqueur. Il n’était pas décidé à laisser tomber l’histoire de l’âne, bien que manifestement Jean-Jean n’y montrait aucun enthousiasme. Le désert à ses manières qui sont parfois celles des salons.

 

Le braqueur finit donc par reprendre :

- Ou alors t’es ventriloque mon gars, et les ventriloques, c’est de la racaille. C’est des gars qui te font des emmerdes alors que tu leur a rien demandé, qui te font dire des choses que t’avais pas envie de dire, ou que t’aurais jamais dites, et ça, tu sais, c’est pas bon, surtout dans un saloon…

 

C’est alors qu’Odessa, ni aigle, ni vautour, confirma :

- Non, Monsieur, ce Monsieur n’est pas ventriloque. Il s’agit bien de moi. Je m’appelle Odessa, et lui c’est Jean-Jean VanKoe.

 

Jean-Jean quant à lui n’écoutait déjà plus la conversation qu’à moitié. Il se demandait si le braqueur avait suivi un entrainement spécial pour pouvoir rester comme ça aussi longtemps, le bras levé, l’arme pointée dans sa direction.

 

[A suivre…]

Le Poteau sans Chapeau

Le poteau sans chapeau.jpgLe Poteau sans Chapeau attendait patiemment sur le coin. Le notaire sortirait bientôt du bureau, et lui donnerait comme chaque jour quelques petites piècettes, de quoi se payer un verre de rouge au bistro et manger un morceau.

Les ready-made font causette

Les ready-made font causette.jpg"Il faut bien tirer la chasse un jour...", disait Huberte à ses amies, effondrées d'avoir vu fondre toutes leurs valeurs boursières.

21/01/2009

Dans l'envers du décor

Un canal s'est pendu.jpg

Au-delà de nos routes se dressent

 

La rivière

Aérienne

 

Un peigne de roseaux

 

Nos mèches caressées

Par le vent

20/01/2009

Un petit désespoir

Un petit désespoir.jpg

Un petit désespoir

 

 

Que faire ? Je n’ai pour vous plaire qu’un manège dérisoire, piaillements d’oiselets.

 

laissez-moi donc vos commentaires

N’ai-je d’écho que dans un dé à coudre?

 

 

 

 

 

17/01/2009

L'effraction

L'effraction II.jpg"A quelque chose malheur est bon"

16/01/2009

L'Immense Narine

Trou+arches+n%C3%A9gatif+photocopie.jpg

Au cours de mon voyage fantôme-graphique, à l’étape de Noozee, j’ai pu admirer cette sculpture étrange, ce grand nez qui affuble le paysage, posé sur une hauteur, et dont on perçoit s’en approchant le volume monumental. Il jaillit en fait d’une toute petite tête, ce dont on est bien surpris vu l’énormité du naseau. Le tout s’intitule : La Tête du Gueulard ou l’Immense Narine. Cette sculpture a été réalisée par un artiste, dont j’ai oublié le nom, mais j’ai noté qu’il était originaire de la peuplade des Inouïs, qui se trouve plus à l’Ouest, en Terre Asunienne, et qui est réputée pour ses nombreux artistes de talent.

Il faut s’imaginer la découverte du Gueulard (comme on l’appelle simplement à Noozee). En venant de la route du sud, on ne distingue d’abord qu’une forme incongrue et massive, qui se détache sur l’horizon. La route passe à quelque distance, si bien qu’on entre dans Noozee sans en avoir encore bien perçu les réelles proportions. Pour approcher de près du Gueulard, il faut s’arrêter sur la place du village, et emprunter un sentier qui part du jardin derrière la mairie, traverse quelques vergers, puis grimpe en lacets jusqu’au sommet de la colline où trône la Tête du Gueulard.

Le visiteur est bien sûr tout de suite frappé par le gigantisme. J’ai étudié la chose. Partant du coin supérieur gauche, on aperçoit très nettement le bonnet du Gueulard, petit bonnet pointu qui évoque ironiquement le chapeau des magiciens. Les artistes Inouïs sont en effet en concurrence avec les magiciens Inouïs, dans le domaine du divertissement notamment, et s’accusent mutuellement de fumisterie. L’ombre de l’arrière du bonnet est bien marquée, et donne du relief à la chose, tout en en accentuant le grotesque. Bien que la référence soit manifeste, l’artiste Inouï prétend dans son interview accordée à …. , citée dans les guides touristiques, que le Grognard porte un bonnet « Parce qu’il a froid ».

Descendant le long du bonnet, dans son prolongement, on distingue bien (se dirigeant vers le bord gauche de la photo), la chevelure du Gueulard, touffe de texture mousseuse, lichen pileux et, il faut le dire, guère alléchant. A droite, le petit œil en amande, incliné du nord est au sud ouest, darde un mélange de frayeur originelle et de méchanceté.

Directement dans le prolongement de l’axe nord est – sud est, il y a la petite narine, dont on ne dira rien car elle n’appelle aucun commentaire. Non, ce qui intéresse, c’est, juste au-dessus, l’immense béance, l’Immense Narine, et juste en dessous, la bouche, que suggère très bien un petit maxillaire. Comparé à la narine, l’ouverture de la bouche est ridicule. Pourtant, ce personnage s’appelle le Gueulard. Etrangeté typique des artistes Inouïs, et qui fait le ravissement des badauds.

09/01/2009

La disparition du battement d'aile

Butterfly.jpgUne enquête de John Robot.
La famille de M. Papillon a discrètement confié une enquête à John Robot. Un des battements d'aile de M. Papillon a disparu, et on imagine que trop bien les dégâts qu'il pourrait faire s'il n'était retrouvé rapidement. Une mission délicate pour John, presqu'autant que la dernière. Il avait dû rechercher un battement de cil. Il l'avait menée à bien celle-là. Imperturbable, les yeux dans les yeux du propriétaire, il avait vite remarqué que régulièrement, un battement de cil qui semblait ne plus se produire, rejoignait en réalité, et très discrètement, les battement du coeur. "Laissez-les à leur place, avait dit John Robot à son riche et plus tout jeune propriétaire, ça vous redonnera vigueur, et ça vous fera parfois couler une larme qui attendrira votre entourage". Une affaire rondement menée. Cette mission-ci s'annonce plus difficile, et plus urgente. Ce battement semble avoir déjà causé plusieurs accidents. [...]

06/01/2009

Les arbres font le trottoir

Les arbres font le trottoir.jpg...

04/01/2009

Durango 3 : Paroles d'âne

(Suite)

Et Odessa dit.jpgJean-Jean ajustait ses jumelles quand son âne lui parla pour la première fois.

Il ne lui avait jamais parlé, ni depuis le jour où il l’avait reçu de son Oncle Jérôme, ni au long des milliers de milles parcourus depuis la berge mosane originelle, alors que les interminables récits familiaux de Jean-Jean auraient à tout le moins pu lui arracher un marmonement d'ennui.

Il n’avait d’ailleurs jamais parlé à personne, sauf au curé qui en avait fait un arrêt cardiaque et ne s’en était jamais remis. Mais cela Jean-Jean l’ignorait. Hautain et dédaigneux, cet âne n’avait jamais jugé qui que ce soit digne de recevoir l’extrême onction de sa parole – n’était ce curé, et encore, pour de sombres motifs. Et ce n’était pas qu’il portait Jean-Jean en plus haute estime que le commun des hommes, non, loin de là. Seulement, il en avait sa claque, son archi-claque.

« On dirait que maintenant que tu y es, tu hésites », lui dit l'âne, avec une pointe d'ironie. « Ce n’est pas que je crains la longueur du chemin du retour, tu vois, mais… »

De fait, Jean-Jean hésitait. Après tout ce chemin parcouru, dans le but unique et précis d’être ici, à Durango, Jean-Jean hésitait à descendre vers la ville.

Il avait fait le trajet, croyait-il, pour devenir le premier chauffeur de la première locomotive qui assurerait la liaison DURANGO – SILVERTON. Il avait répondu à une annonce de la Rio Grande Railway, étrangement parue dans une gazette mosanne, et avait reçu quelques semaines plus tard la confirmation qu’il était embauché, et attendu le plus rapidement possible à Durango.

Et maintenant, alors que l'heure des choix avait déjà été consommée, révolue, il hésitait.


Jean-Jean n’ignorait pas que son âne n’était pas dénué de ressources. Mais il savait aussi, profondément, intuitivement, que ce voyage de retour les tueraient, lui et sa bête. Quant au fait que l’âne parlait, et bien, Jean-Jean n’était pas homme à se démonter, du moins pas aussi facilement. Il fallait le temps à ses épaisses méninges de laisser percoler l'information jusqu'à une zone où elle prendrait sens, ferait sans doute sensation. Mais dans l'entretemps, Jean-Jean acceptait le fait tel qu'il était. En outre, s’il avait fait ce voyage en Terres Asuniennes, c’était bien pour trouver de l’extraordinaire, du fantasque, pour apprécier des variations dans le réel allant des gouffres à des hauteurs exceptionnels, parmi lesquels la prise de parole de son âne pouvait bien trouver place.

[A suivre...]