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31/12/2008

Durango 2 : Jean-Jean VanKoe

L'âne.jpgJean-Jean VanKoe arriva à Durango le 6 août 1881, sale, les bottes brunes de poussière, le reste du corps aussi, poussiéreux, coiffé de mèches hirsutes, grasses, et ensablées.

Son âne était sale aussi, mais un peu moins. Il lui arrivait, à lui, de s’ébrouer. VanKoe ne s’ébrouait jamais, de sorte qu’à la longue, il était en quelque sorte redevenu poussière - une incarnation humaine de la poussière.

Jean-Jean était né en bord de Meuse, où son père exerçait le métier de passeur: allait d’une rive à l’autre, menait sa barge avec dextérité, crachant dans l’eau, à intervalles réguliers ce qui, vu d’un peu haut, donnait l'illusion qu’une grenouille légère suivait l'embarcation par bonds, laissant à chaque atterrissage ses mouvements d’ondes caractéristiques. Son père avait fait traversé Jean-Jean, il y avait déjà de longs mois, et l'avait laissé sur la berge avec l'impression d'abandonner un poisson hors de l'eau.

Depuis, Jean-Jean avait parcouru un long trajet silencieux, qu’il serait trop long de narrer dès maintenant dans le détail, mais dont il faut retenir au moins qu’il fut l’occasion pour Jean-Jean de raconter sa vie à son âne, et aussi la vie de ses pères et mères et oncles et tantes et toute sa généalogie, pour vaincre l’ennui du voyage, car Jean-Jean, à vrai dire, détestait les voyages, et, par-dessus tout, le dépaysement. Tout le monde avait donc été surpris de son départ, et nul n’avait reçu d’explication, pas même son père. Il avait toutefois vécu ce périple stoïquement, comme un cochon avalé vivant par un boa, qui serait resté conscient jusque dans le tube digestif. Et sorti du bout du tube, Jean-Jean scrutait, tout crotteux, la ville naissante du Durango.

[à suivre...]

29/12/2008

Pat Râ Bluu, un ami bien discret

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Un ami de John Robot.

 

John Robot a un ami bien discret. Pat Râ Bluu. Pat Râ Bluu a un don pratique pour les enquêtes délicates, celles qui nécessitent le plus de tact : c'est un fantôme. Vivant sur la fontière de l'ici et de l'au-delà, désincarané mais présent, il est l'idéal compagnon qui décèle les faux-semblant, débusque les trompe-l'âme, les bonimenteurs, et fait parler les ombres.

Pat Râ prétend venir d'Egypte, bien sûr. A chacun ses petits snobismes. Moi je sais qu'il est né en plein sur une borne frontière, une borne qui marquait la limite entre deux pays qui déjà en ce temps n'existaient plus, qu'on avait oubliés, et ça, c'était presque nulle part, c'était presque partout, difficilement dicernable, difficilement préhensible, .... Son destin de fantôme se traçait.

27/12/2008

Mutant Animal

 



La qualité est moyenne, mais c'est filmé sous le manteau, dans l'ultrasecret Centre de Recherches sur l'Amélioration Animale Bruoccelien (le CRAAB).

 

L'infidélité végétale

Macroflowerkiss bis.jpgUne enquête de John Robot.

Il est des enquêtes plus alimentaires que d'autres... Après des jours de planque, John Robot tenait enfin la preuve de l'adultère de Monsieur Orchido. Qu'il aille donc expliquer à sa femme ce qu'il flirtait avec cette jeunette aux joues roses. Lui pouvait rentrer tranquille, mission accomplie, chèque bientôt empoché.

La Fleur

Fleur de gris 1.jpg
Une enquête de John Robot.

John Robot planquait pour son plaisir. Il surveillait cette petite fleur, dont le rumeur disait qu'elle avait jailli du béton, en une nuit, devant la maison de la plus belle femme de la ville. Depuis, les amants les plus enthousiastes auraient tenté de la cueillir pour la lui offrir, mais la fleur aussi bien que la belle leur avait résisté. "Qui sait, pensait John plein d'espoir, si la vérité n'est pas autre ? Quelqu'un la cueille peut-être chaque soir, et elle repousse après chaque nuit". Mais aurait-il pensé lui-même à la cueillir ? John Robot s'endormit.

26/12/2008

Mes trajets quotidiens

Mes trajets quotidiens.jpg

Mes trajets quotidiens

OU

Mon Dieu donne-nous aujourd’hui nos trajets de ce jour

 

 

Les types qui font la manche

Les enfants qui mendient dans les couloirs du métro

Les accordéonistes qu’on entend sans arrêt pendant des semaines, puis qui disparaissent, aussi vite qu’ils étaient apparus

Les femmes assises en tailleur, qui se lamentent dans les escaliers qui mènent dans les stations de métro, ou sur le trottoir, dans la rue, contre le pneu d’une voiture, et qui nous jettent des regards, qu’on est content de ne plus trop avoir peur des sorcières de nos jours – avec notre esprit scientifique

Les femmes voilées et les femmes pas voilées

Les femmes laides qui auraient pu être belles, et les femmes belles

Les femmes belles mais point trop

Les femmes maigres

Les jeunes filles qui exposent le haut de leurs culottes

Les jeunes filles maigres mais point trop qui exposent leurs culottes pas trop laides

Les culs, à n’en plus finir, et les mecs qui les reluquent – si si, je t’ai vu

Les bras qui s’accrochent aux mains courantes qui sont de barres et qui ne courent pas, ou des sangles en plastic dur et strié, moins strié qu’une liane, mais plus coupant, plus dur

 

Les femmes avec leurs landaus qui sont des caravanes, des charrettes des temps modernes, bourrées de courses, de biberons, avec une crevette de bébé qui surnage dans un bassin olympique – et elles parviennent à grimper dans le bus avec tout ça, sans que personne ne les mange

-         elles ont parfois des jumeaux

-         si c’est haut, il faut les aider, même à descendre

 

Les automobilistes qu’on aperçoit, qu’on toise depuis notre tram surélevé, qu’on nargue depuis notre site propre, même si parfois, on est entassé

 

Les fois où j’ai la seule cravate du tram

Les fois où j’ai le seul costume deux pièces du bus, et le seul à avoir trente ans, à être un mâle

Les fois où on cause entre gens sympas, même si on se connaît pas

Les fois, souvent, où on ne se cause pas

Les fois où je rêve de crever les tympans des types qui me font écouter de force le crachoti de leur baladeur musical – qui va me croire, le dernier écoutait Edith Piaf – Edith Piaf qui aurait chanté depuis le fond d’un puis, sous la pluie

 

On descend

 

Les merdes de chien sur le trottoir, écrasées et parfois étalées comme des coups de pinceau

 

Les types qui klaxonnent, les policiers qui jouent du sifflet à pleins poumons au milieu des carrefours intoxiquant

 

Les dalles mal scellées qui sprotchent de l’eau quand on marche dessus après la pluie, ça fait des traces d’encre brunes sur les chaussures

 

On s’accomode de tout ça, on rêve un peu, même si c’est pas dimanche, qu’on nous laisse un peu d’espace dans la ville, que les voitures soient machina non grata, qu’on creuse des jardins au milieu des boulevards et qu’on désaffecte les avenues

 

On se dit qu’il n’y en aura plus pour longtemps avec le pétrole, et que bon

 

Cerbère

Cerbère.jpg

Ce petit chien blanc assis au milieu de la rue, je l’ai aperçu lors d’une ballade, dans un quartier en lisière de la belle Forêt, au sud de Bruoccella. Pas avare ce jour-là de pensées inspirées, je songeai :  « Ce Chien est un joyau. Des trésors de biotechnologie naturelle s’y concentrent pour lui permettre d’être ce qu’il est, d’agir selon sa nature ; aboyer, renifler, flémarder, garder la rue… » Bref, une pensée d’une banalité certaine mais qui me sonnait comme une considération philosophique chic, illusion à laquelle à nos heures tous on cède. Pourtant, c’est vrai, ce chien est un concentré de technologie, à l’instar de bien d’autres productions de la Nature d’ailleurs, avec entre autres des synapses, des appareils de Golgi, de l’ARN messager, de la bave remplie d’enzymes qui doivent être de véritables rambos vu tout ce que les chiens se foutent en gueule. Or, justement, je devais passer par cette rue, avec le chien au mileu, et donc passer à hauteur de la bête. D’où je sentis poindre une petite appréhension. Bêtement. Bêtement, je pensai à Cerbère, le chien furieux de la mythologie. Vu la corpulence de la bête, j’aurais pu penser à Snoopy, ou à un Pollux passé à l’eau de javel, mais ma nature me configure à exagérer un peu les choses. Et puis, je dis : « je pensai à Cerbère », mais sur le coup, je ne pensais à dire vrai à rien de bien mythologique, je n’appréhendais que les aboyements rauques et les canines acérées qui allaient me coller au train. D’ailleurs, il faut être honnête, il eût fallu que je google Cerbère pour me rappeler à quoi il ressemblait, et combien il avait de têtes (si tant est qu’il en avait plusieurs), et vérifier si ma comparaison était pertinente . Je n’ai heureusement pas encore ce genre de réflexe lorsque je me promène. Il n’y avait donc là que ce chien, et ma perception teintée d’une angoisse aux origines sans doute infantiles, à ces rencontres avec des chiens agressifs, mal évlevés.

Evidemment, ce jour-là, rien ne se produisit. Lorsque je croisai le chien, le cœur battant, il ne me regarda même pas. La nature a de ces bugs.

24/12/2008

DURANGO (1)

i_street.jpg

Il y a un train, bien tranquille, qui promène les touristes dans les montagnes de San Juan, qui entourent DURANGO (Colorado).

Aujourd'hui encore, sa grosse locomotive noire crache de longs jets de vapeurs, tandis les passagers contemplent le paysage.

Ce n’est pas qu’un trajet de promenade.
C’est le cordon ombilical avec le passé.

La ville de Durango a été fondée par la DENVER & RIO GRANDE RAILWAY en 1880. Le chemin de fer y arriva un 5 août, en 1881, et la construction de la ligne vers la ville de Silverton, au nord, commença la même année, pour être achevée en juillet 1882. A compter de ce jour, la belle DURANGO déploya tous ses charmes.
J'y ai cherché les fantômes d'orpailleurs, les spectres de vieux mulets décharnés, les vaporeuses danseuses en frous-frous .
Mais c'est à l'heure du midi, au carrefour de rues soudain désertées, que je me pris soudain à attendre le duel, les hommes debouts, la mine assombrie sous leur chapeau, prêts à en découdre sous un soleil de plomb.
J'en croisé un, qui me raconta son histoire.
[à suivre ...]

23/12/2008

Mon appareil fantôme-graphique

Train coloré.jpg

Voici le train que j'aimerais prendre, pour visiter mes morts. Je leur ramènerai des photos, des couleurs, quelques odeurs glanées...
Je leur dédie chaque jour l'une ou l'autre sensation, et j'ai plaisir à penser qu'ils perçoivent les photos que je prends avec mon appareil fantôme-graphique. Il faudra, pour m'assurer enfin de son bon fonctionnement, que je patiente jusqu'au jour où je les rejoindrai. Mais c'est déjà un plaisir, cette espérance qu'ils partagent  avec moi encore quelques éclats du monde, mes morts. Mes chers morts adorés, trop vite partis, jamais oubliés.

L'inconnue familière

Fair Lady.jpg
Lors de la visite de la Tour de T...

Je visitais le sommet de la grande Tour d'Observation, à T..., en pays N....
J'avais atteint le sommet de la Tour, et faisais le tour de son balcon, lorsque je vis une femme, arrêtée à quelques mètres devant moi, dans le tournant du balcon. Elle me regardait avec insistance. Elle m'attendait au tournant, pensai-je avec ironie. Et elle restait là, patiemment.
"Tu viens, Chouchou, me dit-elle". Manifestement, elle me connaissait, et initmement dirais-je. Elle s'adressait à moi avec une telle conviction .... Alors, convaincu de me perdre au chant de quelque sirène, je la rejoignis, et poursuivi la promenade en la prenant par la main, avec un sentiment familier, étonnant.

22/12/2008

Le Tueur à la Seconde

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Une enquête de John Robot...
John Robot méditait devant un bassin de Lumiphares, l'esprit asticoté par leurs variations lumineuses. Il avait bien besoin de se stimuler. On l'avait embauché pour arrêter le Tueur à la Seconde. Rien que ça. Le fameux Tueur qui échappait à toutes les polices du monde. Celui dont le nombre de victimes était déjà incommensurable. Il s'en était fallu de peu que John refusât, mais il y avait un vrai petit pactole à la clé. Ca lui paierait enfin des vacances.
Il retournait donc le problème dans tous les sens, pesant et soupesant toute ébauche de solution, de traquenard. "Pourquoi pas simplement l'attendre ?", pensa John. Le Tueur à la Seconde finirait bien par passer par chez lui. Il lui fallait quand même en trouver, du monde, pour assouvir son besoin de tuerie. A ce rythme ... John fit le calcul : il passerait au plus 190 ans à attendre, au cas où le Tueur l'approcherait en dernier. Mais 190 ans d'attente sans vacances ... Et sans plus paresonne pour le payer ! Ce n'était pas une solution plaisante. Stimulé par les châtoiements des Lumiphares, John Robot finit par trouver autre chose, et s'en alla tendre un piège définitif au Tueur à la Seconde.

Le Spaghetti Récalcitrant

Le spaghetti récalcitrant.jpg

Une enquête de John Robot...
Il est des misisons plus alimentaires que d'autre. Même à table, même chez lui, John Robot peut se voir confier une mission: comme par exemple convaincre le Spaghetti Récalcitrant de rejoindre l'assiette préparée par Madame Robot. Payable en nature.

Urbanes

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Un jour que je revenais, à pied, d'une réunion de travail, je croisai quelques petites fleurs qui poussaient d'entre les dalles sur le trottoir, au bord d'un boulevard fort fréquenté. Comme je me penchai un peu plus, je remarquai qu'elles étaient ... plastifiées. Naturellement plastifiées. Un genre de gaine les protégeaient des agressions extérieures : pluies acides, gaz d'échappement, urine de chien, et, comme je le constatai, cette enveloppe leur donnait une elasticité qui leur permettait de résister également au plus aveugle piétinement. "Un bel exemple d'adaptation", pensai-je. Mais allais-je en cueillir une, ou approcher mon nez de plus près pour les renifler ? Je craignais de ne leur trouver aucun autre parfum que celui des effluves dont elles se protégeaient.

La Tombola Pas de Bol

La foire de Bruoccella.jpg

S'il visite la ville de Bruoccella, le voyageur ne peut faire l'impasse sur l'avenue de la Foire. Fameuse entre toutes, imitée mais jamais égalée, on y trouve toute l'année de nombreuses attractions, faites pour remuer les sens et les coeurs. L'une d'entre elle est particulièrement prisée des Bruoccelliens : la Tombola Pas-de-bol. Chaque matin, on remarque, gisant sur les pavés, les amas de billets numérotés qui ont incarné un temps les rêves et cauchemars des joueurs, et qui disparaissent au milieu du ballet des nettoyeurs.
C'est une Tombola d'un genre particulier. Les lots y consistent en effet tantôt en années de malheur, tantôt en annonces de maladies et malédictions plus excentriques les unes que les autres promises au détenteur du billet gagnant (je prise particulièrement celle qui damne le malheureux gagnant à avoir à jamais une haleine de bière tiède, à avoir le sexe de la taille d'une caricole, ou à celle qui vous condamne à avoir des fesses en forme de gauffre de Bruoccella et le nez en forme de Smoutebolle si vous n'en mangez pas tous les jours). Etonnante tradition pour les citoyens d'une ville rationnelle et fière de son excellence administrative. C'est que, convaincus que chacun sur terre aura sa part de malheur, les Bruoccelliens préfèrent forcer un peu la main du Destin, et le tourner en dérision. Lire, en quelque sorte, dans les lignes de Sa main tout en le chatouillant. S'ils ne "gagnent" rien, ou rien de bien grave ils se rassurent et ont tendance à y croire; s'ils perdent, et tirent un lot peu enviable, ils redeviennent cartésiens. Et reprennent, quoi qu'il en soit, leur promenade sur l'avenue de la Foire.
John R. Beauchesne