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26/12/2008

Mes trajets quotidiens

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Mes trajets quotidiens

OU

Mon Dieu donne-nous aujourd’hui nos trajets de ce jour

 

 

Les types qui font la manche

Les enfants qui mendient dans les couloirs du métro

Les accordéonistes qu’on entend sans arrêt pendant des semaines, puis qui disparaissent, aussi vite qu’ils étaient apparus

Les femmes assises en tailleur, qui se lamentent dans les escaliers qui mènent dans les stations de métro, ou sur le trottoir, dans la rue, contre le pneu d’une voiture, et qui nous jettent des regards, qu’on est content de ne plus trop avoir peur des sorcières de nos jours – avec notre esprit scientifique

Les femmes voilées et les femmes pas voilées

Les femmes laides qui auraient pu être belles, et les femmes belles

Les femmes belles mais point trop

Les femmes maigres

Les jeunes filles qui exposent le haut de leurs culottes

Les jeunes filles maigres mais point trop qui exposent leurs culottes pas trop laides

Les culs, à n’en plus finir, et les mecs qui les reluquent – si si, je t’ai vu

Les bras qui s’accrochent aux mains courantes qui sont de barres et qui ne courent pas, ou des sangles en plastic dur et strié, moins strié qu’une liane, mais plus coupant, plus dur

 

Les femmes avec leurs landaus qui sont des caravanes, des charrettes des temps modernes, bourrées de courses, de biberons, avec une crevette de bébé qui surnage dans un bassin olympique – et elles parviennent à grimper dans le bus avec tout ça, sans que personne ne les mange

-         elles ont parfois des jumeaux

-         si c’est haut, il faut les aider, même à descendre

 

Les automobilistes qu’on aperçoit, qu’on toise depuis notre tram surélevé, qu’on nargue depuis notre site propre, même si parfois, on est entassé

 

Les fois où j’ai la seule cravate du tram

Les fois où j’ai le seul costume deux pièces du bus, et le seul à avoir trente ans, à être un mâle

Les fois où on cause entre gens sympas, même si on se connaît pas

Les fois, souvent, où on ne se cause pas

Les fois où je rêve de crever les tympans des types qui me font écouter de force le crachoti de leur baladeur musical – qui va me croire, le dernier écoutait Edith Piaf – Edith Piaf qui aurait chanté depuis le fond d’un puis, sous la pluie

 

On descend

 

Les merdes de chien sur le trottoir, écrasées et parfois étalées comme des coups de pinceau

 

Les types qui klaxonnent, les policiers qui jouent du sifflet à pleins poumons au milieu des carrefours intoxiquant

 

Les dalles mal scellées qui sprotchent de l’eau quand on marche dessus après la pluie, ça fait des traces d’encre brunes sur les chaussures

 

On s’accomode de tout ça, on rêve un peu, même si c’est pas dimanche, qu’on nous laisse un peu d’espace dans la ville, que les voitures soient machina non grata, qu’on creuse des jardins au milieu des boulevards et qu’on désaffecte les avenues

 

On se dit qu’il n’y en aura plus pour longtemps avec le pétrole, et que bon

 

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